Testé positif au coronavirus le lundi 9 mars 2020, date qui marque également son premier jour de quarantaine à l’hôpital militaire du PK9 à Libreville, le patient zéro, Anthony Tome, guéri près de 4 semaines plus tard, a décidé de raconter à visage découvert son expérience de la maladie. Les Gabonais voulaient un nom, un visage, une identité. Si le jeune a bien voulu répondre à cette demande collective en acceptant de donner une interview en direct sur Gabon Media Time ce mercredi 8 avril, il l’a notamment fait dans le but de « sensibiliser et d’éveiller les consciences », sur la présence réelle de la maladie dans notre pays. La rédaction de GMTme revient sur cet entretien.

Admis le 9 mars dernier à l’Hôpital d’instruction des armées Omar Bongo Ondimba (Hôpital militaire du PK9), Anthony Tome, le patient zéro, a été libéré le lundi 6 avril, près de 28 jours après et totalement rétabli. Contaminé en France lors d’un « séjour privé », impossible pour lui de connaître exactement à quel moment il a été contaminé. Mais il se souvient très bien de la « panique » ressentie au moment de l’annonce du diagnostique, racontet-il à Gabon Media Time, lors d’un entretien à coeur ouvert. 

« Quand j’ai été placé en confinement, le premier sentiment que j’ai d’abord ressenti, c’était la panique. Je ne savais pas trop ce qui se passait. C’est vrai qu’on parlait énormément de Covid-19, mais au Gabon il n’y avait pas encore de cas. J’étais vachement déboussolé, c’était compliqué pour moi. Mais très rapidement le corps médical m’a rassuré et soutenu », at-il expliqué. 

 

Un séjour en quarantaine plutôt rythmé 

Anthony est en effet le premier patient testé positif au coronavirus au Gabon et le premier à en guérir. Une expérience qu’il ne souhaite à personne, mais une expérience qu’il a vécu dans un rythme infernal. Entre l’attente des résultats, l’annonce des résultats, mais aussi l’idée d’avoir sans doute contaminé d’autres personnes, il aura été plongé à la fois dans la tristesse, le stress, l’angoisse, la panique, l’ennui, l’euphorie, « un mélange de sentiments », expliquet-il. 

« (…) On se pose vraiment beaucoup de questions. Après on commence à s’y habituer. On essaye de trouver un rythme normal dans cette situation qui n’a rien de normal. Il faut le dire, elle est inédite (…) Mais on n’a pas le choix, on est en confinement pour son bien mais aussi pour le bien des autres (…) Puis après on commence vraiment à s’ennuyer, limite à déprimer. Il y a des jours d’euphorie également, comme lorsqu’on m’a annoncé que j’étais désormais négatif », at-il confié, non sans parler de l’impatience d’enfin sortir de la quarantaine.  

 

Pas de visite de la famille 

Rassuré par le personnel soignant de ce que le coronavirus n’est pas une fatalité malgré les nombreux cas de décès enregistrés à travers le monde, Anthony recevait à la fois un suivi médicamenteux et un suivi psychologique. Toutefois sa famille n’était pas autorisée à le voir. « C’est une quarantaine pour soins, c’est pas un hotel, c’est pas une ballade. Mais les médecins me voyaient 3 fois par jour. Il y avait un monitoring régulier de mes paramètres », at-il expliqué.

 

Sensibilisation et pédagogie

Avec 34 positifs à ce jour, le Gabon est passé de la contamination importée à la phase de contamination communautaire. Une situation qui est due entre autres au non-respect des gestes barrières, au déni de la présence du virus dans le pays, ainsi qu’à l’incivisme. Et pour Anthony Tome, il faudrait davantage sensibiliser la population. Comme le rappelle d’ailleur le porte-parole du comité de pilotage du plan de veille et de riposte contre l’épidémie à coronavirus (Copil-coronavirus), le Dr Guy-Patrick Obiang Ndong, lors de ses conférences de presse quotidiennes. 

« Je constate à mes dépens que le message n’est pas encore suffisamment passé. Mais je pense qu’avec beaucoup de pédagogie on va y arriver », ditt-il, avant de souligner que le but de son témoignage est vraiment d’éveiller les consciences, d’apporter un message d’amour, d’espoir et de sensibiliser. « Car c’est avec la sensibilisation qu’on gagnera cette guerre ». 

« (…) L’objectif c’est vraiment de passer un message d’espoir pour dire qu’on peut en guérir. Mais également pour attirer les consciences. C’est pour cela que je témoigne à visage découvert, pour dire que ce n’est pas une blague. Il y a des gens qui en souffrent et qui en meurent », at-il ajouté avant de d’inviter la population à se ressaisir et à respecter les mesures barrières.